Le blason de Valréas

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L’étude des blasons se nomme « héraldique », elle est une des nombreuses sciences auxiliaires de l’histoire. Comme la plupart des savoirs des siècles passés (religion, justice, corps de métier...), l’héraldisme utilise un vocabulaire hermétique très complexe qui rendait son contenu accessible à un très petit nombre. Nous nous efforcerons d’utiliser des termes plus accessibles.


Tel qu’il se présente, ce blason devrait se lire « d’azur (fond bleu), à 2 clefs d’argent (blanches) posées en pal (verticalement, poignées en bas), adossées (leurs pannetons étant dirigées vers l’extérieur), séparées par un croissant du même (même couleur blanche) en abîme (au centre) ».


La première remarque concerne le croissant qui était souvent l’apanage des familles ayant participé aux Croisades ; nous n’avons rien trouvé de probant. Probablement, parce que cette dernière interprétation était plus prestigieuse, le ruban qui reliait les clefs s’est peu à peu transformé en croissant (d’autres exemples existent).

Les clefs pourraient évoquer le blason du Comtat Venaissin dont fait partie notre ville, mais il n’en est rien sinon elles seraient « en sautoir » (croisées) ; un rapport avec la situation d’Enclave du territoire ? Pas davantage, car si toutes les enclaves, fort nombreuses sous l’Ancien Régime, avaient adopté des clefs pour leur blason, il y en aurait pléthore, alors que seule nôtre, celle des Papes en est dotée.

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Blason du Comtat Venaissin

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En revanche parmi les derniers et plus puissants seigneurs de Valréas (qui se sont fondus dans les Simiane), nous trouvons des Claret de Truchenu, originaires du Dauphiné, mais venus s’installer à Valréas à la suite d’alliances matrimoniales. Or ces Claret avaient un blason très proche de celui de Valréas. Ils arrivent à Valréas au XVI ème siècle, quelques décennies avant que la ville n’adopte l’actuel blason.

Blason des Claret

Certes, il y a bien quelques différences, cela ne vous aura pas échappé :

- le fond rouge (« gueules ») : rien d’étonnant, bien au contraire, car il était interdit d’utiliser des armoiries déjà existantes, les cadets notamment devant les modifier pour éviter toute confusion ; il a suffi ici de changer la couleur du fond.


- le bandeau du haut « le chef » : il pourrait être une brisure (c’est-à-dire un élément rajouté par une branche cadette pour ne pas être confondue avec la branche aînée) ; ce type de brisure fréquente pouvait être ce « chef » introduit par une épouse. En outre, nous avons trouvé sur un vieux grimoire, une autre famille alpine ayant les mêmes clefs ; cette famille se dénommait Clavet (et non Claret) et possédait donc des armes parlantes, c’est-à-dire dont les motifs (« meubles ») évoquent le patronyme : dans ce cas, clef ou clave pour Clavet ; l’autre branche aurait poussé la différence un peu plus loin que le blason en changeant le patronyme de Clavet en Claret (à moins que ce ne soit une mauvaise lecture d’un copiste qui aurait confondu r et v, lettres minuscules pouvant être très ressemblantes dans les manuscrits).

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Lettres manuscrites « V » et « R » à travers les siècles d’après Alphonse Chassant (Wikiwand)

Le rajout du croissant a pu être une coquetterie des Claret qui auraient voulu « redorer leur blason » en se donnant des ancêtres ayant participé aux Croisades (cas fréquent) ...

Dans un prochain article, nous évoquerons la devise de la ville adoptée elle aussi au XVI ème siècle.

 

HV, août 2022